Détention de Foniké Mengué : L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, écrit aux autorités guinéennes

Arrêté et mis sous mandat de dépôt il y a plusieurs jours, Oumar Sylla dit Foniké Mengué vient de bénéficier d’un soutient des Organisations internationales de défense des droits humains, ainsi que sa structure, le FNDC.

Note à lire absolument

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre
la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en République
de Guinée.

Nouvelles informations :

L’Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire de M. Oumar
Sylla, alias Foniké Mengué, coordinateur national adjoint de Tournons la page – Guinée[1] et responsable de la mobilisation et des antennes
du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC)[2].

Selon les informations reçues, le 24 avril 2020, le Tribunal de première instance de Dixinn à Conakry a inculpé M. Oumar Sylla de « diffusion de fausses informations » (article 519 du Code pénal).
D’autres accusations présentées par la direction de la police judiciaire, à savoir « participation à un mouvement insurrectionnel » et « tentative de déstabilisation du régime en place », ont été
rejetées par le procureur de la République. M. Oumar Sylla a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Conakry suite à son audience. S’il est reconnu coupable, il encourt entre six mois et un an de prison.

L’arrestation de M. Oumar Sylla est survenue le 17 avril 2020, une heure après son passage dans l’émission « Les Grandes Gueules » sur
la radio Espace FM, au cours de laquelle il a dénoncé les violences de N’zérékoré qui ont fait de nombreux morts et blessés[3], ainsi
que les arrestations arbitraires et le harcèlement judiciaire à l’encontre des leaders et membres du FNDC (voir rappel des faits).

L’Observatoire rappelle que de nombreux membres du FNDC font, depuis
avril 2019, l’objet de menaces, d’arrestations arbitraires et de harcèlement judiciaire en raison de leur protestation pacifique contre
la réforme constitutionnelle adoptée lors des élections législatives et référendaires de mars 2020, qui permettrait au Président Alpha
Condé de se présenter pour un troisième mandat présidentiel consécutif en 2020. Parmi eux, MM. Abdourahamane Sanoh, Mamadou Baïlo
Barry, Alpha Soumah, Abdoulaye Oumou Sow, Mamadou Bobo Bah[4], ainsi qu’Ibrahima Diallo, et Sékou Koudouno, qui sont d’ailleurs tous deux
sous contrôle judiciaire depuis le 13 mars 2020 [5].

L’Observatoire dénonce la poursuite de la détention arbitraire et le harcèlement judiciaire de M. Oumar Sylla,qui ne semble viser qu’à
sanctionner ses activités légitimes de défense des droits humains ainsi que l’exercice de sa liberté d’expression. L’Observatoire appelle
les autorités guinéennes à procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle, et à mettre un terme à tout acte de harcèlement, y
compris au niveau judiciaire, à son encontre ainsi qu’à celle del’ensemble des défenseurs des droits humains dans le pays.

Rappel des faits :

Le 17 avril 2020, en début d’après-midi, des agents de police ont arrêté M. Oumar Sylla à son domicile de Commandanya, dans la banlieue
de Conakry sans mandat d’arrêt. Il a été conduit à la Villa 40, le siège des renseignements généraux guinéens à Conakry, où il a passé la nuit, sans accès à un avocat ni à sa famille.

Le 18 avril 2020, M. Oumar Sylla a été transféré par la brigade de répression du banditisme (BRB) à la direction centrale de la police judiciaire, toujours sans accès à son avocat. Il y a reçu une visite de son épouse, venue lui apporter de la nourriture, et qui a rapporté que M. Oumar Sylla n’avait reçu à manger que des pommes en plus de 24heures de détention.

Le 21 avril 2020, les avocats de M. Oumar Sylla, qui ont enfin pu voir leur client, ont annoncé qu’ils n’assisteraient pas leur client jusqu’à ce que le dossier soit présenté au parquet pour ne pas s’associer à des « procédures illégales ».

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités guinéennes en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Oumar Sylla et de l’ensemble des
défenseurs des droits humains en République de Guinée ;

ii. Procéder à la libération immédiate et inconditionnelle M. Oumar Sylla et de l’ensemble des défenseurs des droits humains arbitrairement
détenus en République de Guinée ;

iii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de M. Oumar Syllaet de l’ensemble des
défenseurs des droits humains en République de Guinée ;

iv. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement aux
articles 1 et 12.2 ;

v. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux
et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la République de Guinée.

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