FRIA : LE MÉTAL INOX AU SÉCOURS DES JEUNES (REPORTAGE)

La préfecture de Fria est située dans la région administrative de Boké. Avec une population de 103 385 habitants (2016), Fria compte quatre (4) sous-préfectures : Banguinet, Banguigny, Fria Centre et Tormelin. Il faudra environs deux heures de route pour parcourir les 160 kilomètres qui le séparent de Conakry. Comme la plupart des régions de la Guinée, Fria ne fait pas exception à la problématique du chômage des jeunes. Une promenade à travers la ville suffit pour voir des groupes de jeunes, souvent diplômés sans emploi, réunis autour du thé, aux terrains de sport ou encore sur long des rues pour passer du temps. Pour tirer leur épingle du jeu, nombreux sont des jeunes qui se lancent dans les activités comme le commerce, l’agriculture, la cordonnerie etc. Aussi, dans la transformation de la tôle d’acier en bijoux de corps. Cette activité dont l’histoire est liée à celle de l’usine de production implantée dans la localité, est de plus en plus convoitée par les jeunes. Les « Inox men », comme ils se font appeler, se laissent libre cour dans la création des bracelets, colliers, bagues, porte-clefs etc. avec la tôle en acier inoxydable.

16 heures venaient de sonner au secteur 1 de Sabendai 1, situé au plein cœur de la Commune urbaine de Fria. A quelques mètres déjà, l’endroit se reconnait par les bruits discordants des métaux mêlés au son d’un petit haut-parleur enchainant les variétés musicales. Sous l’ombre des manguiers, une dizaine de jeunes, visiblement concentrés, assis sur les troncs d’arbres. Ça coupe par-ci, ça frotte par-là… la tôle d’acier inoxydable devra passer plusieurs étapes pour être porté au poignet, au coup ou encore au doigt.
« On commence d’abord par acheter une tôle, on fait des traits là-dessus. Ensuite, on la coupe selon la mesure du client. On la lime avant de le courber pour prendre la forme de la main. On écrit là-dessus, on la lave puis on la met sur le marché ». Explique la vingtaine, Bademba BALDÉ, étudiant en chaudronnerie au Centre de Formation Professionnelle (CFP) de Fria.

FRUIT D’UNE IMPLANTATION INDUSTRIELLE…

L’acier inoxydable, couramment appelé acier inox ou inox, est un acier (alliage à base de fer). Il comporte moins de 1,2 % de carbone avec plus de 10,5 % de chrome, dont la propriété est d’être peu sensible à la corrosion et de ne pas se dégrader en rouille. A Fria, les jeunes ont découvert ce métal grâce à la première usine de transformation de l’aluminium installée à la fin des années 1950. « Le métal était utilisé dans l’usine pour résister à la chaleur du four pendant le chauffage de l’aluminium. Quelques années après, on s’est rendu compte que la matière peut servir à autre chose que cela. » Se souvient Ibrahima Soumah, diplômé au CFP de Fria.

UNE COMPÉTENCE À L’ÉPREUVE DU TEMPS…

Pour être « INOX MAN » les jeunes doivent d’abord se soumettre à un parcours d’intégration dont la durée varie selon la faculté de compréhension de l’apprenant. Âgé de 29 ans, Abdoulaye CONDÉ est étudiant en électricité industrielle au CFP de Fria. Sac au dos, assis sur un tronc d’arbre et limant une bague, il rappelle son intégration : « J’ai vu un grand qui faisait ce métier. Il m’a plu et je lui ai parlé. Il m’a dit d’abord de commencer par laver les bracelets. J’ai fait trois ans dans le lavage des bracelets. Je ne pouvais même pas limer ou prendre les dimensions en ce moment. C’est après cela que j’ai appris aussi le courbage ». Intégré dans le métier depuis 2006, Mohamed YATTARA est diplômé en Gestion économique et financière. Comme le précèdent, il est devenu inox man après plusieurs années d’apprentissage : « Je venais derrière mes grands et je les aidais à laver leurs bracelets au fur et à mesure que je grandissais. J’ai beaucoup appris, aujourd’hui j’ai mes propres clients et je fabrique tout sans l’aide de mes grands ».

UN MOYEN DE SE SOUTENIR ET AIDER SA FAMILLE…

La fabrication des inox permet à ces jeunes de soutenir leur famille et subvenir à leurs propres besoins. « J’ai choisi ce métier pour satisfaire mes besoins quotidiens parce qu’on ne peut pas tout laisser à la famille. La famille ne peut pas te nourrir et aussi acheter les habits pour toi. J’ai choisi ce métier pour venir en aide à la famille. » Confie Mohamed YATTARA
A quelques pas de Mohamed, Ibrahima Sory CAMARA, diplômé en chaudronnerie au CFP de Fria, est occupé à faire le ‘’bombage’’. Une épreuve qui consiste à sortir la forme du bracelet grâce à plusieurs coups de marteau appliqués sur du métal immobilisé par une tenaille sur un vieux mortier renversé qui sert d’encloue. Le travail lui a permis de soutenir ses études et de se trouver quelques objets de ‘’valeurs’’. « J’ai eu beaucoup de choses dans ce travail. Il m’a permis d’acheter une moto, un lecteur DVD, une radio… ». Énumère-t-il.

QUELQUES DIFFICULTÉS

Autre fois produite en grande quantité, la tôle en inox devient de plus en plus rare à Fria suite à l’arrêt de l’usine en 2012. Pour sauver leur petit métier, les inox men sont obligés de se rendre à Conakry pour s’en procurer. A cela s’ajoute l’insuffisance de leurs outils de travail. « Pour faire certaines écritures et dessins sur le bracelet, il faut des limes à bijoux. C’est un matériel qui est rare à retrouver maintenant sur le marché. On n’a que ce seul marteau qui est là pour le bombage, si l’un travaille, les autres sont obligés de l’attendre… » Se plaint Abdoulaye Condé.

En Guinée, le taux de chômage des jeunes avoisine les 60% selon l’Institut National de la Statistique. Les jeunes sont majoritairement concernés par ce phénomène. Chaque année, les universités guinéennes déversent de milliers de diplômés sur le marché du travail. Parmi ces diplômés, rares sont ceux qui trouvent de l’emploi.
Malgré ses obstacles, ces jeunes de Fria parviennent à se trouver du chemin en travaillant pour eux-mêmes. Comme le dit la maxime, « A cœur vaillant, rien d’impossible ».

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Ousmane BANGOURA

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