Déguerpissement de Kaporo rails: les concernés entre le désespoir et l’abandon (reportage)

photo d'illustration

Le déguerpissement se poursuit à Kaporo rails, quartier situé dans la commune de Ratoma. Maison, conteneurs, bars cafés, tables de vente et autres bien matériels sont tous saccagés sous le regard impuissant des occupants.  C’est dans cet état que nous avons trouvé l’opération de déguerpissement de ce jeudi 21 février.

Il est environ 11h 30, quand nous arrivons sur les lieux. L’opération de déguerpissement se poursuit tranquillement. Des citoyens en bon spectateurs suivent avec un regard mélancolique la démolition de leurs biens. Sur place, un seul un bulldozer à l’intérieur duquel est confortablement assis un agent en uniforme, un gendarme nous apprend-on. C’est lui qui dirige la machine.

Sur son passage, il détruit tout. Cette destruction est un ordre du Ministère de la ville et de l’aménagement du territoire. Car selon les autorités, Kaporo rails est une zone réservée de l’Etat. Et pour cela, L’Etat veut récupérer la zone pour ses propres besoins. Car il a le droit d’après les lois du pays, d’où le lancement de cette opération depuis hier mercredi. Est-ce tout le monde sait que ce domaine appartient à l’Etat ? « Certains citoyens le savent » répond le ministre Dr Ibrahima Kourouma.

Depuis qu’elle a été lancée, la démolition des maisons, les citoyens courent à la sauvette de leurs biens. Par ce qu’ils sont obligés de libérer les lieux. À défaut, ils vont assister à la destruction de ceux qu’ils ont chèrement acquis. À Kaporo rails, précisément au niveau du marché et du garage des véhicules, l’opération de déguerpissement se poursuit sans aucune incidence. Les forces de l’ordre, notamment la gendarmerie est fortement mobilisée sur les lieux. Tout se passe dans le calme.

Il est 12h 30min, nous changeons de lieux. Et nous voilà dans un autre endroit de Kaporo rails, tout près de la station star à quelques mètres du Prima Center où l’opération de déguerpissement doit se poursuivre dans les jours à venir. À la différence de l’autre côté où on a aperçu que des conteneurs et des barres, ici il n’y a que des maisons voire des beaux bâtiments qui seront dans un bref délai détruits. Même si les occupants ont y longtemps vécu. Dans cette zone, plusieurs familles y résident et les autorités leurs demandent de libérer les lieux. Sur l’ensemble des maisons concernées, l’on voit des croix rouges dessus. Malgré qu’ils disent « on ne sait pas où aller », ils doivent quitter parce que le délai arrive à terme c’est seulement dans quelques heures.


« Ils nous ont donné 4 heures pour quitter les lieux »

Sur leurs vérandas, des matelas sont déposés un peu partout. Des bidons vides, des lits et armoires sont éparpillés un peu partout. Ils ont pris la menace du gouvernement au sérieux, mais face à la conjoncture actuelle, certains sont vraiment inquiets et se demandent comment faire. « On a fait 35 ans à Kaporo rails ici. C’est là que j’ai eu tous mes enfants. On ne sait pas où aller. Personne n’achète une parcelle de terre sans que le gouvernement ne soit informé » se lamente Hadja Dalanda Barry avec un ton remplit de pitié.

Hier rappelle-t-elle, «les hommes en uniformes sont venus nous dire de sortir. Sinon, ils vont détruire les bâtiments sur nous. Ils nous ont donné 4 heures pour quitter les lieux » ajoute cette mère de famille en nous montrant ses bagages qu’elles et ses enfants ont pu faire sortir. Visiblement malgré elle, se montre prête de libérer sa maison qu’elle a occupée pendant 35 ans.

Cependant,  elle se demande où aller par ce que dit-elle, le gouvernement ne les a pas informé au préalable de cette opération et aujourd’hui, elle est désespérées et lance cet appel. «Nous demandons au gouvernement de nous montrer où nous allons rester. Il ne faut pas qu’il nous dise de sortir et nous abandonner comme ça avec nos enfants. Qu’il nous aide à trouver un autre endroit. On ne peut pas nous faire sortir sans nous recaser ailleurs. On n’a pas où aller. Hier, c’est à la belle étoile que mes enfants et moi avons passé la nuit par ce qu’on nous a dit de sortir » raconte Hadja Aïcha Dalanda Barry d’un ton mélancolique.

«C’est en 1968 que je suis arrivé là »

Partout, c’est la même inquiétude d’après notre constat. Assis devant sa famille et entourés de certains voisins, ce sage d’un âge avancé témoigne comment il a acquis son domaine à Kaporo rails. «C’est en 1968 que je suis arrivé là. J’avais cinq parcelles ici. En 1998 lorsqu’ils sont venus ici, ils ont détruit tout ça. Quand je venais ici, en ce moment, il n’y avait que des singes, des lapins, des Champagnole, des gibiers et autres animaux sauvages qui vivaient ici » rappelle le doyen avant d’ajouter que ce sont les Bagas (peuples autochtones) de Kaporo centre qui les ont hébergés à cet endroit.

 «D’ici jusqu’à Koloma c’est pour eux.» «Donc vouloir nous dire de quitter, c’est injuste car on ne sait pas où aller quand on quitte ici. Nous voulons qu’on nous laisse à cet endroit. Et s’il faut qu’on quitte ici, nous demandons que nos droits soient respectés. Qu’on nous restitue ce qu’on a investi et nous montrer là où on va rester car nous sommes dans un Etat démocratique » plaide un sage de Kaporo rails qui n’a pas donné son nom.

 À Kaporo rails, l’inquiétude reste grande chez les occupants. Ils demandent au président de la République, professeur Alpha Condé de revoir sa décision. Qu’ils s ne sont pas opposés à leur déguerpissement, mais aujourd’hui qu’ils ne savent pas où aller avec leurs familles surtout avec toutes les difficultés liées à l’obtention d’un logement à Conakry.

Aboubacar Diallo

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